Atelier régional de Nouakchott sur le Genre, les Droits Humains et l’Education à la Santé Reproductive : Fondements idéologiques et pratiques sur les questions de genre

Nouakchott a abrité du 25 au 28 juillet 2017, le deuxième atelier régional sur «Genre, Droits Humains et Education à la santé reproductive » après celui de Ouagadougou. Cet atelier organisé par l’UNFPA et le Projet SWEDD a regroupé une quarantaine de participants venus du Niger, du Mali, de la Côte d’Ivoire, du Burkina Faso, du Tchad et de la Mauritanie.

Au démarrage des travaux de l’Atelier régional organisé à Nouakchott du 25 au 28 juillet 2017 à Nouakchott par l’UNFPA  et le Projet SWEDD, en collaboration avec le Ministère des Affaires Sociales, de l’Enfance et de la Famille, sur le «Genre, les Droits Humains et l’Education à la Santé Reproductive »,  un exposé introductif a été donné par M.Idrissa Ouédraogo, Conseiller Genre, VBG et Droits Humains au Bureau régional de l’UNFPA à Dakar. Le sujet portait sur les «Fondements idéologiques et pratiques sur les questions de genre ». Survolant l’histoire de la femme depuis l’Antiquité à nos jours, de «femme malédiction » chez les Rabbins, au gynécée grec où elle était confinée dans un espace clos, jusqu’à nos jours où elle disparait carrément dans les statistiques de certains pays comme l’Inde, la Chine, le Pakistan et le Bangladesh, la femme est restée cette «Missing girl» des démographes, cette absente oubliée, effacée et même considérée comme morte, dans plusieurs sociétés.

Selon le conférencier, les mutilations génitales féminines ne sont, par exemple, qu’une manière de contrôler la sexualité de la femme, dans une démarche qui tend à lui nier toute existence en tant que femme et en tant qu’être qui a droit à l’intimité et à la jouissance. Ainsi, de tout temps, la femme a toujours été considérée comme inférieure à l’homme, et cela presque dans toutes les religions et chez tous les anciens philosophes, a indiqué M.Ouédraogo. Parmi les stéréotypes encore en usage, cite-t-il, «la femme a moins de valeur que l’homme» malgré les conséquences de telles assertions sur le plan macrosociétal. Selon M.Idrissa Ouédraogo, secondé durant tout l’atelier par sa collègue du Bureau de l’UNFPA de Dakar, Mme Hind Jalal, les sociétés humaines, et en particulier les sociétés africaines, sont majoritairement patriarcales.

Et de se demander : «pourquoi l’homme se croit-il supérieur à la femme ?»

La réponse selon lui, est que l’homme s’identifie à beaucoup de stéréotypes, comme celui de ne «jamais montrer des signes de faiblesse, de douleur ou d’émotion» contrairement à la femme «être faible et fragile», ou quand il s’approprie la sentence qui veut que «la supériorité est accordée non au sexe qui engendre mais à celui qui tue » allusion à «l’homme-chasseur» ou à «l’homme-guerrier qui tue» symbole de la masculinité.

Des questions pertinentes mais aussi des définitions, qui sont allées ainsi jusque dans la sémantique des mots, comme «c’est quoi l’homme, c’est quoi la femme», «c’est quoi le droit », ont été également abordés lors de la communication sur les «Concepts Genre et Droits Humains».

Le droit serait ainsi «ce qu’une personne doit avoir, doit faire ou recevoir de la part des autres et que la loi doit consacrer » et les Droits de l’Homme sont constitués par «les garanties juridiques universelles qui protègent les individus et les groupes dans le domaine des libertés fondamentales et de la dignité humaine».

Ces droits sont indivisibles, universels et égalitaires. Personne ne doit y renoncer et personne ne peut les retirer. Ces droits vont du droit à la vie jusqu’au droit à la liberté de religion, en passant par une multitude d’autres droits personnels et collectifs.

Citant le document référence des droits de l’homme, en l’occurrence la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948, Idrissa Ouédraogo a distingué 6 principes de base qui fondent les droits humains : universalité et inaliénabilité ; indivisibilité ; interdépendance et corrélation ; égalité et non- discrimination ; participation et inclusion ; obligation de rendre des comptes et primauté du droit.

«Le principal défi qui se pose est que plusieurs personnes porteurs de droits ignorent leurs droits », dira M.Idrissa Ouédraogo, qui fait passer la conceptualisation de la notion de droit à un cheminement qui va vers la maîtrise des outils de planification, l’analyse des faits sociaux et l’élaboration de stratégies de résolution des défis posés. Cela passe, selon lui, par les clés de base des droits humains, à savoir le principe de redevabilité, qui incombe aux détenteurs d’obligations (autorités), et le principe d’inclusion qui revient aux porteurs de droits (citoyens).

A noter que l’ouverture de l’atelier a été marqué par un échange de discours entre la Représentante résidente de l’UNFPA en Mauritanie, Mme Cécile Compaoré Zoungrana et la Ministre des Affaires Sociales, de l’Enfance et de la Famille, Mme Maïmouna Mint Mohamed Taghi, en présence d’un représentant de la Banque Mondiale en Mauritanie.

L’atelier a regroupé une quarantaine de participants venus des six pays membres du Projet Autonomisation des Femmes et Dividende Démographique (SWEDD), Niger, Mali, Côte d’Ivoire, Tchad, Burkina Faso et Mauritanie.

Cheikh Aïdara

Mohamed Mokhtar Mohamed Lemine, Président sous-comité communication SWEDD-Mauritanie/Président Comité Communication au niveau régional (Sahel)

«Cet atelier revêt une importance particulière parce que les thématiques qui y sont développées vont permettre de renforcer les capacités des différents acteurs concernés par les problématiques du genre, l’égalité entre les hommes et les femmes, la promotion de la jeune fille et de la femme, la santé de la reproduction, l’éducation et les droits humains. Il permet aussi d’harmoniser les expériences et les situations dans nos pays du Sahel. Les différentes présentations qui ont été faites sont d’un très bon niveau. En témoignent la qualité de la participation de tout le monde. C’est le deuxième atelier régional sur le genre après celui de Ouagdougou (Burkina Faso) organisé il y a quelques mois et sur le même thème par l’UNFPA. Je pense qu’avec l’engagement de l’UNFPA, le projet SWEDD et les pays membres pourront réellement mobiliser les acteurs concernés autour des thématiques retenus ».

Tohouri Thapé Marie Laure, Chargée de Programme ONG «MESSI », Mission des Jeunes pour l’Education, la Santé, la solidarité et l’Inclusion, basée à Abidjan (Côte d’Ivoire)

«L’organisation de cet atelier tombe bien dans la mesure où il a permis de réunir des acteurs de divers horizons qui travaillent sur la question de la santé de la reproduction et qui intègrent les défis que nous rencontrons dans nos différents pays, en particulier ceux liés aux adolescents et aux jeunes. Comment parler de sexualité à des jeunes ? C’est une question sensible qui constitue l’un des plus gros défis. En dehors de la Côte d’Ivoire, je me rends compte que les autres pays sont confrontés aux mêmes problèmes et qu’avec les succès des autres pays on peut améliorer nos actions et apporter le bien-être à nos populations. J’ai pris de bonnes notes, et je me suis bien inspirée de l’expérience développée par les autres pays, en particulière celle du Niger avec leur projet «Initiative Adolescents» et qui est développé dans des espaces sûrs avec des mentors. C’est une bonne pratique. C’est vrai que nous aussi, nous avions aussi mené un projet dénommé «Initiative Aides Adolescents » qui s’étalait sur une courte durée, 3 ans, mais qui ne s’adressait qu’aux adolescents scolarisés. Et là, avec l’expérience des Nigériens dont le projet s’adresse aux adolescents, qu’ils soient scolarisés ou non, je compte les approcher plus pour en savoir davantage sur la méthodologie qu’ils ont adopté pour mieux adresser les questions qui restent encore des taboues chez nous ».